Un après-midi culturel à Paris

De temps à autres, quand mon travail à l’hôtel me le permet, que tous les clients sont confortablement installés, que l’équipe est au complet, il m’arrive de quitter l’Ile Saint Louis pour une excursion culturelle dans Paris. Je m’en vais seule (Scoop le chien garde l’hôtel), ravie à l’idée de passer quelques heures dans une galerie d’art, une salle obscure de cinéma ou une librairie indépendante.

Ma dernière aventure culturelle m’a menée du Marais à Saint Germain des Prés, d’un côté à l’autre de la Seine, de l’expo du photographe américain Joël Meyerowitz, qui se déroule en ce moment à la Maison Européenne de la Photographie, à la magnifique salle de cinéma Le Saint Germain des Prés (en face de l’église) pour voir le film tant attendu de Malik Bendjelloul, Sugar Man.

Au début des années 70, Sixto Rodriguez enregistre deux albums sur un label de Motown. C’est un échec, à tel point qu’on raconte qu’il se serait suicidé sur scène. Des années plus tard, deux fans du Cap partent à la recherche de “Sugar Man”. Ce qu’ils découvrent est une histoire faite de surprises, d’émotions et d’inspiration. Chanteur oublié devenu star à son insu, l’homme est devenu un mythe. «I Wonder», une chanson où il est question de liberté sexuelle, devient l’hymne de la communauté afrikaner anti-apartheid. En 1998, une tournée triomphale est organisée dans une Afrique du Sud libérée de l’Apartheid. «Je me suis senti comme un prince», avoue celui qui est reçu en star dans un pays où ses disques (piratés) se seraient écoulés à plus de 500 000 exemplaires. Lui n’a pas touché un centime.

La séance étant ce jour là à 16h00, je suis passée avant à la Maison Européenne de la Photographie visiter l’exposition de Joël Meyerowitz. Une belle idée, car l’expo est tout simplement formidable. Né en 1938 à New York, c’est à la suite d’une rencontre en 1962 avec Robert Frank que Meyerowitz commence à photographier la ville en noir et blanc. Il passe quelques années plus tard à la couleur et adopte un style original qui révolutionne l’histoire de la photographie. Des clichés pleins d’humour des rues américaines aux grands formats couleur de bords de mer, en passant par ses portraits, son œuvre est éblouissante par la maîtrise des nuances, de la composition comme du cadrage. Une écriture dense, à l’instar des célèbres images qu’il a réalisées dans les ruines du World Trade Center à New York, après le 11 septembre 2001.

Cet après-midi là, les photos de Meyerowitz et les chansons de Rodriguez m’ont offert un pur moment d’émotion, une plongée dans cette Amérique si contrastée, capable du pire et du meilleur. Le film et l’expo ont croisé durant mon après-midi culturel à Paris ces deux destins exceptionnels. L’un comme l’autre ont trouvé la gloire dans l’anonymat.

• Par Nathalie Heckel, Directrice de l’Hôtel du Jeu de Paume

Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy 75004 Paris
Métro Saint Paul
Tous les jours de 11h à 20h sauf les lundis et mardis
Rétrospective Joël Meyerowitz jusqu’au 7 avril 2013

Cinéma Le Saint Germain des Prés
22, rue Guillaume Appolinaire (près de la Place Saint Germain des Prés)
75006 Paris
Sugar Man de Malik Bendjelloul, film en VO.
Séances tous les jours à 14h00, 16h00, 18h00 et 20h00

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