Gertrude Stein: un destin extraordinaire

Pour ceux qui l’ignorent encore, l’hôtel du Jeu de Paume est un lieu passionné d’art qui présente l’œuvre d’un artiste dans chacune de ses chambres. Il faut ajouter qu’il voue un attachement particulier à Gertrude Stein, celle qui a fait connaître et apprécier l’avant-garde, le fauvisme et le cubisme aux plus sceptiques. Alors même que l’exposition sur l’aventure des Stein bat son plein au Grand Palais (voir notre article) , revenons sur l’incroyable destin de cette femme à l’esprit si éclairé.


Crédit photo : Observer.com

Gertrude Stein est née en 1874 en Pennsylvanie, d’une famille juive américaine de cinq enfants. C’est en voyageant très jeune à Vienne puis à Paris, qu’elle apprend l’allemand et le français bien avant l’anglais. Après être retournée aux Etats-Unis, elle étudie quelques années au Vassar College (annexe d’Harvard à l’époque) puis en école de médecine; mais en 1903, Gertrude déménage pour rejoindre son frère Léo à Paris. C’est à cet instant qu’ils entament leur grande collection d’art.


Gertrude Stein peinte par Pablo Picasso

Miss Stein, protectrice des arts
Considérée aux Etats-Unis comme tutélaire de l’avant-garde et du féminisme, Gertrude joue un rôle considérable dans l’expansion et la protection de la littérature et de l’art moderne. Elle est la confidente, la conseillère et l’amie de ceux qu’elle appelle la «génération perdue». Poétesse, écrivain et féministe engagée, Miss Stein a incontestablement de bonnes intuitions, avec une opinion très avisée sur l’avant-garde, si bien que nombre d’artistes se pressent à sa porte, notamment lors des soirées très prisées du samedi soir. De Picasso à Hemingway, en passant par Matisse, Cocteau – l’une de ses œuvres est exposée dans la chambre 9 – et Braque (chambre 109), tous apprécient sa clairvoyance et sa critique juste et bien fondée. Bientôt, la rue de Fleurus devient un passage obligé pour quiconque souhaite comprendre l’art et la littérature modernes.



Crédit photo : Carl Van Vechten

Picasso vs Matisse pour l’amour des Stein
L’entente entre Gertrude Stein et Pablo Picasso (chambre 202) vient d’une même fascination pour Cézanne. Elle est scellée suite au portrait de la jeune femme réalisé par le peintre. Plus tard, cette amitié, ainsi que le lien entre Henri Matisse (chambre 101) et Sarah Stein – la femme de Michael, le frère de Gertrude également installé à Paris – induit une subtile rivalité entre les deux peintres. Le pouvoir est à celui qui présente la toile la plus expressive dans la pièce la plus emblématique des Stein. Lorsque Picasso dresse le portrait de Gertrude et Léo, Matisse réalise celui de Sarah et Michael et peint deux fois en très grand celui de leur fils Allan. Sarah lui voue un culte quasi-mystique, tandis que Picasso prend le dessus rue de Fleurus.

Plus de 60 ans après la mort de cette grande dame (1946), le Grand Palais lui rend hommage à travers une rétrospective des plus significatives. L’aventure des Stein est digne des plus grands romans d’Hemingway et retrace à elle seule tout le parcours d’une famille emblématique dans l’histoire de l’Art.

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